CHAPITRE V
« Un cours d’entraînement à la compétition d’Aikido »
Pour organiser un cours d’entraînement à la compétition d’Aikido, deux points doivent particulièrement retenir l’attention. Le premier concerne la sécurité des atemi-waza et kansetsu-waza, le second les relations entre kata et randori.
Tout d’abord, et jusqu’à aujourd’hui, les atemi-waza et kansetsu-waza furent exclus des compétitions de Judo à cause de leur caractère dangereux. Quelles garanties de sécurités peut-on apporter pour pratiquer des randori, sans parler des shiai, qui incorporent ces techniques ? Si on étudie avec soin les atemi-waza et kansetsu-waza, leur histoire, leurs fondements, on trouve deux caractéristiques :
1. Les atemi-waza qui permettent de maîtriser l’adversaire en le frappant, en le percutant, en donnant un coup de pied à un point physiologiquement faible du corps (les points vitaux).
Les kansetsu-waza qui permettent de maîtriser l’adversaire en lui infligeant une entorse, ou en lui déboitant une articulation, c'est-à-dire, que ces techniques se distinguaient selon le désir de vouloir estropier ou tuer.
2. Les atemi-waza qui permettent de faire chuter l’adversaire en saisissant ses points physiques mécaniquement faibles (le principe du kuzushi, faire perdre l’équilibre) pour le pousser dans une direction. Les kansetsu- waza, au contraire, permettent l’immobilisation d’un adversaire avec un minimum de force dans les limites du mouvement d’une articulation.
Historiquement et, d’une façon générale, seule la première caractéristique était mise en relief. La seconde était perdue de vue.
Les techniques de compétition d’Aikido ont été adaptées et développées à partir d’une base d’entraînement physique, afin d’ajuster la première caractéristique et de promouvoir la seconde. C’est pourquoi, j’ai sélectionné les formes de combats, au corps à corps, dans lesquelles une personne désarmée se défend contre une autre armée d’un poignard (caoutchouc) et dans lesquelles les shiai sont conduits sous l’empire de règles d’arbitrage spécialement déterminées. Sous cette nouvelle forme, les catégories importantes d’atemi-waza et kansetsu-waza qui existaient dans l’ancien style de Jujutsu peuvent de nouveau être revivifiées comme un nouveau Budo, au sein d’un entraînement physique moderne.
D’autre part, jusque là, on a pensé que les kata et randori étaient deux choses séparées. On a alors dit que pour développer le vrai pouvoir, les randori seuls suffisaient. Mais il faut retenir la leçon de l’ancien Jujutsu, qui s’attachait à l’essence même du Budo. Kata et randori étaient réunis dans un cours d’entraînement unique, pour enseigner complètement l’esprit des atemis-waza et kansetsu-waza. Nous avons conçu kata et randori pour qu’ils ne soient pas séparés.
En dehors de la préparation physique, le cours d’entraînement pour l’Aikido est divisé en cinq niveaux :
-
Mouvements fondamentaux (kihon dosa)
-
Techniques fondamentales (kihon waza)
-
Le système de la rupture d’un corps à corps (ridatsu)
-
Le système de la maîtrise (seigyo ho)
-
Le système des randori (randori ho)
Les points 1 à 4 comprennent ce qu’on a l’habitude d’appeler les kata seuls, le point 5 correspond au randori. Du reste, l’entraînement du kata peut être divisé en « exercice d’application » (kakari geiko) et « exercice énergique » (hikitate geiko).
I Exercices préparatoires : Pour mettre le corps au point et éviter les blessures.
-
Callisthénie légère, debout,
-
Callisthénie en souplesse et en tonicité, assis,
-
Entraînement à la chute, avant, arrière et côté.
II Mouvements fondamentaux (kihon dosa) : Principes fondamentaux issus de l’ancien Jujutsu
-
Le principe du corps naturel (shizentai nori) -qui concerne les positions- : la position pour une attaque ou une défense sans restriction, et la méthode du déplacement.
-
Mugamae (debout et assis), Migigamae (position à droite), Hidarigamae (position à gauche).
-
La méthode des Unsoku-hô (travail des pieds) et la méthode des shikko-hô (déplacement sur les genoux). La pratique du déplacement vers les huit directions.
-
Le principe de douceur (Jû no ri), qui concerne la défense, la méthode de défense qui rend inefficace la puissance de l’agression de l’adversaire.
-
Eviter ou « encaisser » un coup,
-
Se mouvoir avec aisance et douceur autour d’une force dont vous êtes saisie et que vous utilisez :
a. contact visuel (metsuke) et distance appropriée (ma-ai), en réunissant les mains comme des sabres,
b. méthode d’esquive (kawashi-kata), mouvements dans six directions,
c. méthode pour encaisser (uke-kata), les mains serrées comme pendant la prière (gassho no uke),
d. méthode pour se mouvoir avec aisance (nagashi-kata), les cinq mouvements de la main sabre.
-
Le principe du désiquilibre (kuzushi no ri) –qui concerne les attaques-
Une méthode pour se donner une chance de vaincre en déséquilibrant l’adversaire ou en se collant à son corps.
-
En maîtrisant le coude :
a. niveau haut (jodan),
b. niveau bas (gedan).
-
En maîtrisant le poignet :
c. niveau haut (jodan),
d. niveau bas (gedan).
-
En maîtrisant l’échine :
e. en esquivant les coups d’épée ou de poignard d’un adversaire se situant à distance,
f. en se mouvant avec aisance autour d’une force dont vous vous êtes saisie et que vous
utilisez.
III Techniques fondamentales (kihon waza) : Techniques classées par rapport aux atemi et kansetsu waza des anciennes écoles de Jujutsu.
-
Les cinq atemi-waza :
- shomen-ate,
- aigamae-ate,
- gyakugamae-ate,
- gedan-ate,
- ushiro-ate.
-
Les quatorze kansetsu-waza :
-
Six techniques de coude (hiji-waza) :
a. deux blocages de hanche (koshi-gatame),
b. deux blocages de côté (waki-gatame),
c. deux blocages de bras (ude-garami).
-
Huit techniques de poignet (tekubi waza) :
d. quatre torsions du poignet (kote-hineri)
e. quatre blocages du poignet (kote-gaeshi).
IV La méthode pour rompre un corps à corps (ridatsu hô) : rompre le corps à corps et pratiquer
les atemi-waza lorsque l’on est saisi par un adversaire.
Rompre et appliquer des atemis-waza lorsque le poignet, le bras, le col ou la manche sont saisis, lorsque l’on est immobilisé, ou saisi par devant, derrière, à droite ou à gauche.
V La méthode de la maîtrise (seigyo hô) : contrôle d’un opposant et application réelle des kansetsu-waza lorsque l’on est saisi.
Contrôle d’un opposant et application réelle des kansetsu-waza lors d’une saisie, immobilisation, par devant, derrière, à droite ou à gauche.
VI La méthode des randori : Eviter et contrôler les coups d’épée et les frappes d’un adversaire se situant à distance.
Les kata pour randori : les 17 techniques (ju-nana hon no kata). C’est le kata de base, qui montre comment éviter et contrôler un adversaire à distance qui frappe, percute ou cherche à vous porter un coup de pied, vous couper, ou vous blesser avec un poignard (tanto). Ce kata seul, passant par les degrés kakari-geiko et hikitake-geiko, permet de progresser jusqu’au randori-geiko.